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mercredi 11 août 2010

Alberto Manguel, l'"Historien" de la lecture


Alberto Manguel, qui dans sa jeunesse fit la lecture à Borges devenu aveugle, auteur de l'incontournable Histoire de la lecture, Actes Sud, 1998.




Source : "Photo Gallery", sur le site de l'auteur.

A lire, un beau texte d'Alberto Manguel sur la manière de choisir l’ouvrage le mieux à même d’accompagner chaque circonstance de la vie : "Un livre pour chaque saison" (Le Monde Diplomatique.fr).

mardi 10 août 2010

Lire dans les ruines, Londres, 1940

Une photo archiconnue, vue et revue, mais toujours aussi fascinante...



© English Heritage, NMR
La bibliothèque de Holland House, au lendemain d'un raid sur Londres, septembre 1940.

jeudi 5 août 2010

Fonctionnaire coréen



Collection Lee U-Fan
© Musée Guimet, Paris, Dist. RMN / Thierry Ollivier
Corée du Sud, 19e siècle, dynastie Yi ou Choson (1392-1910)
Encre de couleur, peinture sur soie ; 1.020 m. x 0.690 m.

mercredi 4 août 2010

Fonctionnaire dans sa bibliothèque


Julien Cain, administrateur de la Bibliothèque Nationale, Paris, 1963
Photo d'André Kertész
© RMN, collection du Centre Pompidou.

mardi 3 août 2010

Jane Eyre, dans l'embrasure d'une fenêtre



Portrait de Charlotte Brönte, Peinture de Evert A. Duyckinck, basée sur un dessin de George Richmond, (source : wikipedia).


Une petite salle à manger ouvrait sur le salon ; je m'y glissai. Il s’y trouvait une bibliothèque ; j'eus bientôt pris possession d'un livre, faisant attention à le choisir orné de gravures. Je me plaçai dans l'embrasure de la fenêtre, ramenant mes pieds sous moi à la manière des Turcs, et, ayant tiré le rideau de damas rouge, je me trouvai enfermée dans une double retraite. Les larges plis de la draperie écarlate me cachaient tout ce qui se trouvait à ma droite ; à ma gauche, un panneau en vitres me protégeait, mais ne me séparait pas d'un triste jour de novembre. De temps à autre, en retournant les feuillets de mon livre, j'étudiais l'aspect de cette soirée d'hiver. Au loin, on voyait une pâle ligne de brouillards et de nuages, plus près un feuillage mouillé, des bosquets battus par l'orage, et enfin une pluie incessante que repoussaient en mugissant de longues et lamentables bouffées de vent.

Je revenais alors à mon livre. C'était l'histoire des oiseaux de l’Angleterre par Be[r]wick (1). En général, je m’inquiétais assez peu du texte ; pourtant il y avait là quelques pages servant d'introduction, que je ne pouvais passer malgré mon jeune âge. Elles traitaient de ces repaires des oiseaux de mer, de ces promontoires, de ces rochers solitaires habités par eux seuls, de ces côtes de Norvège parsemées d'îles depuis leur extrémité sud jusqu'au cap le plus au nord, « où l'Océan septentrional bouillonne en vastes tourbillons autour de l'île aride et mélancolique de Thull, et où la mer Atlantique se précipite au milieu des Hébrides orageuses. »

Je ne pouvais pas non plus passer sans la remarquer la description de ces pâles rivages de la Sibérie, du Spitzberg, de la Nouvelle-Zemble, de l'Islande, de la verte Finlande ! J'étais saisie à la pensée de cette solitude de la zone arctique, de ces immenses régions abandonnées, de ces réservoirs de glace, où des champs de neiges accumulées pendant des hivers de bien des siècles entassent montagnes sur montagnes pour entourer le pôle, et y concentrent toutes les rigueurs du froid le plus intense.

Je m'étais formé une idée à moi de ces royaumes blêmes comme la mort, idée vague, ainsi que le sont toutes les choses à moitié comprises qui flottent confusément dans la tête des enfants ; mais ce que je me figurais m'impressionnait étrangement. Dans cette introduction, le texte, s'accordant avec les gravures, donnait un sens au rocher isolé au milieu d'une mer houleuse, au navire brisé et jeté sur une côte déserte, aux pâles et froids rayons de la lune qui, brillant à travers une ligne de nuées, venaient éclaircir un naufrage.

Chaque gravure me disait une histoire, mystérieuse souvent pour mon intelligence inculte et pour mes sensations imparfaites, mais toujours profondément intéressante [...].

Ayant ainsi Be[r]wick sur mes genoux, j'étais heureuse, du moins heureuse à ma manière ; je ne craignais qu'une interruption, et elle ne tarda pas à arriver. La porte de la salle à manger fut vivement ouverte.


Charlotte Brönte, Jane Eyre, Chap. I, trad. de Mme Lesbazeilles Souvestre, édition Ebook libres et gratuits.
Texte en anglais ici ou ici.

1) Thomas Bewick (et non Berwick), A History of British Birds, vol. II, History and Description of Water Birds, Memorial Edition, London, 1885, que l'on peut feuilleter ici.

lundi 2 août 2010

Alfred Tennyson


© RMN, photo de Julia Margareth Cameron.

Le poète Alfred Tennyson, illustration de son recueil Idylles du roi et autres poèmes.

dimanche 1 août 2010

Proust lecteur

Extrait de Sur la lecture, la préface que Marcel Proust écrivit en 1905 pour sa traduction de Sésame et les Lys de John Ruskin.



Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons passés avec un livre préféré. Tout ce qui, semblait-il, les remplissait pour les autres, et que nous écartions comme un obstacle vulgaire à un plaisir divin : le jeu pour lequel un ami venait nous chercher au passage le plus intéressant, l'abeille ou le rayon de soleil gênants qui nous forçaient à lever les yeux sur la page ou à changer de place, les provisions du goûter qu'on nous avait fait emporter et que nous laissions à coté de nous sur le banc, sans y toucher, tandis que, au-dessus de notre tête, le soleil diminuait de force dans le ciel bleu, le dîner pour lequel il avait fallu rentrer et où nous ne pensions qu'à monter finir, tout de site après, le chapitre interrompu, tout cela, dont la lecture aurait dû nous empêcher de percevoir autre que l'importunité, elle en gravait au contraire en nous un souvenir tellement doux (tellement plus précieux à notre jugement actuel, que ce que nous lisions alors avec tant d'amour), que, s'il nous arrive encore aujourd'hui de feuilleter ces livres d'autrefois, ce n'est plus que comme les seuls calendriers que nous ayons gardés des jours enfuis, et avec l'espoir de voir reflétés sur leurs pages les demeures et les étangs qui n'existent plus.

Qui ne se souvient comme moi de ces lectures faites au temps des vacances, qu’on allait cacher successivement dans toutes celles des heures du jour qui étaient assez paisibles et assez inviolables pour pouvoir leur donner asile.


Versions papiers toujours disponibles. Versions numériques (gratuites, merci à François Bon !) chez Publie.net, sous le titre Journées de lectures, et sur le site de la Bibliothèque électronique du Québec.